On observe un temps clinique et un temps para clinique. La majorité des
fièvres est représentée par la fièvre aiguë qui est très transitoire [3] et
qui répond à un phénomène [4] infectieux. La guérison est alors rapide.
La fièvre prolongée est un état fébrile [5] qui dure plus de trois semaines
et qui résiste à une première prise en charge clinique et para clinique
(notion de gravité) et qui est sous-tendue par un nombre incalculable
d'étiologies (plus de 200).
La majorité (45%) est d'origine
infectieuse, 20 à 25% sont dues à des cancers, 10 à 12% sont dues à des
maladies inflammatoires comme la polyarthrite [6] rhumatoïde [7] ou le lupus.
Le reste est plus anecdotique.
On a tous une homéothermie. Cet état d'homéothermie
est le résultat d'un équilibre entre la production calorique et les
moyens d'élimination de cette chaleur. La fièvre peut être due soit à
un excès de production, soit à un défaut d'élimination.
La fièvre n'est prise en compte que quand le sujet est au repos.
Excès de production
- hyperparathyroïdie (augmentation du métabolisme [8]).
La régulation est sous gouverne de centres
hypothalamiques sous l'influence de
cytokines (
TNF), ce sont donc des centres de régulation thermique qui peuvent être responsables de la fièvre.
Défaut de pertes, de l'évacuation de la production de calories
Il
y a une circonstance gênante, ce sont les patients frileux par habitude
et qui se couvrent beaucoup. Donc attention il est nécessaire de
disposer d'un habillage normal pour effectuer une réelle mesure de la
température du patient.
Variations physiologiques
La
résultante de cet équilibre est donc une température normale de 37,2°C
le matin et de 37,8°C le soir. Il y a donc des variations nyctémérales , on a plus de température le soir que le matin.
Il
existe des variations physiologiques chez la femme pendant la deuxième
partie du cycle sous l'effet [9] de la progestérone qui fait augmenter la
température.
Pour un exercice modéré, la phase post-prandiale, un bain chaud, le stress entrainent une légère augmentation de température (38°C), un exercice musculaire violent (39°C).
La limite supérieure est de 41°C (on ne survit pas à l'hyperthermie [10]).
Il faut donc effectuer de bonnes mesures de base pour reconnaître des situations pathologiques.
Conditions basales et conduites à tenir
- il
faut être au repos depuis une vingtaine de minutes. Les phases de repos
doivent être déclenchées à des horaires réguliers matin ou soir
- le patient doit être normalement vêtu dans une pièce normalement chauffée (aux alentours de 20°C).
Si le patient respecte ces conditions de base, alors on peut enregistrer correctement la température.
Méthodes de mesure
Les méthodes traditionnelles
- Température axillaire ou inguinale
Pour
un même individu, la température rectale (36°8) est supérieure à la
température buccale qui est supérieure à la température axillaire ou
inguinale.
Les méthodes plus récentes
- Test frontal (peu fiable)
- Température
tympanique : mesure de la température dans le tympan [11] mais attention aux
bouchons de cérumen [12] qui masquent la fièvre en particulier chez les
personnes âgées.
Les appareils électroniques marchent toujours
même s'il y a un
dysfonctionnement [13] et donc l'affichage de la
température n'est pas forcément vrai.
L'interrogatoire
Il faut préciser l'histoire du
syndrome [14], les caractères de la fièvre.
Le mode d'installation :
- aigu , évoque le plus souvent une infection [15] bactérienne.
- progressif [16], lent, subaigu [17] généralement maladie infectieuse comme la tuberculose
- insidieux (très lent) peut évoquer une tumeur.
Évaluer le retentissement sur l'état général (notion d'altération de l'état général).
- anorexie [18],
amaigrissement, asthénie [19], l'amaigrissement n'est reconnu que si il y a
perte au delà de 10%, de plus, il peut s'agir d'amaigrissement inopiné.
Il faut prendre en compte le temps d'amaigrissement.
- déshydratation [20]
. Chaque fois que l'on est fébrile, il y a déperdition d'eau car il y a
beaucoup de vapeurs dans la respiration, et de pertes par la peau.
Signes de déshydratation intracellulaire : soif, sécheresse des
muqueuses (sillon gingivo-labial), hypernatrémie
- l'obnubilation.
Les signes fonctionnels
Il faut les rechercher systématiquement.
- frissons (en général, les patients le disent). Ils correspondent aux phases de bactériémie [21] ; passage de bactéries dans le secteur circulatoire.
L'hémoculture
peut être concluante si le prélèvement de sang est effectuée au moment
où la température du patient atteint son maximum (frissons).
- céphalées : même dans un état de fièvre prolongée. Attention, syndrome [22] méningé possible.
- arthralgies : dues à une douleur mécanique ou inflammatoire.
- douleurs lombaires processus [23] infectieux au niveau des articulations du rachis.
Antécédents médicaux et chirurgicaux, personnels et familiaux
Personnels
crises de
colique néphrétique [24] il y a quelques années et maintenant lithiase infectée.
Familiauxfièvre
familiale méditerranéenne. Le température du patient monte brutalement
à 40°C avec des douleurs thoraciques et abdominales (à ne pas confondre
avec une
péritonite [25]) et puis quelque temps après plus rien. Cette
fièvre a donc une connotation ethnique. Confirmation possible par tests
génétiques.
VaccinsPassé récent ( voyages...).
Habitudes alimentaires : l'
allergie [26] peut évoluer vers un état fébrile. Les conservateurs utilisés dans les conserves peuvent provoquer une
allergie [27].
Prise de médicaments :
ils ont souvent des effets secondaires . Les antibiotiques peuvent être
responsables de ce que l'on appelle la fièvre d'
antibiotique [28].
État civil :- Âge
: les maladies ont une prévalence selon les tranches d'âge. Une fièvre
prolongée chez un adolescent peut être un signe de mononucléose ou de
tuberculose. A 90 ans, il n'y a pas de mononucléose.
- Profession : pour un vétérinaire, risque de brucellose par exemple.
- Environnement (urbain, rural).
- Ethnie
- Présence d'animaux (Hydatidose....).
Examen clinique systématique
Recherche d'une splénomégalie- Cause
infectieuse possible : la septicémie [29] : fièvre, sévère altération de
l'état général, syndrome septicémique. Mais la splénomégalie n'est pas
spécifique du syndrome infectieux, beaucoup de maladies hématologiques
s'accompagnent aussi d'une splénomégalie.
Adénopathies (hémopathies)- Parfois cela a des significations infectieuses
- Parfois cela a des significations d'anomalies sanguines.
Syndrome tumoral (rein) Ne se révèle que par une fièvre prolongée.
Examen des membres inférieursUne
thrombose [30], une
phlébite [31] peut générer une fièvre prolongée. En général
quand on est fatigué, on est un peu déshydraté donc on s'allonge ce qui
crée des circonstances favorables à l'apparition d'une phlébite. Signes
cliniques d'une phlébite :
- perte de ballottement (la diminution du périmètre de marche est un signe de pathologie artérielle et non veineuse).
- si on fait une dorsi-flexion on entraîne la compression de la veine [32] où se trouve la phlébite ce qui provoque la douleur.
- compression de la masse musculaire entraîne une douleur
- palpation : moins sensible
Examen du cœurLes
bactéries peuvent se greffer sur les valves et provoquer une
endocardite [33]. Le
diagnostic [34] est très important car si non traité il y a
destruction des valves. Toujours écouter le cœur.
Finalement, après l'interrogatoire et un examen clinique complet : soit on a une orientation et les examens
para-cliniques suivent, sinon examens
para-cliniques systématiques.
Par
l'interrogatoire et la surveillance du patient, on va essayer de
construire une courbe thermique pour choisir par la suite les examens
para-cliniques adéquats.
Courbe thermique
- fièvre récurrente : très évocatrice d'adénopathies comme les lymphômes.
- fièvre ondulante : elle est évocatrice de lymphôme (adénopathies), brucellose, endocardite.
- fièvre rémittente : se rencontre au cours des suppurations profondes (abcès [35]...). Elle augmente le soir.
- le fébricule :
fièvre permanente matin et soir 37,8°C-38°C , très évocatrice de
tuberculose, peut se voir aussi dans des états non infectieux (hyperparathyroïdie).
- en plateau : fièvre élevée stable, dans le cadre de la tuberculose, maladies virales, hémopathies.
- intermittente ou pseudo-palustre augmente vite et diminue vite, patient normo-thermique
entre les accès. Se rencontre dans les paludismes secondaires , fièvre
des « réservoirs » Ex : vessie [36] pleine de liquide infecté, fièvre à
40°C, on la vide la fièvre diminue, elle se remplit à nouveau, la
fièvre augmente. Le phénomène [37] est identique pour la vésicule biliaire [38].
Les Voies urinaires et la vésicule biliaire sont donc à surveiller.
- hectique : est complètement désarticulée, c'est une fièvre d'infection grave (septicémie..) Elle présente de grandes variations.
Mesures associées
- pouls : quand la température augmente de 1°C, le rythme cardiaque suit avec une tachycardie [39] de l'ordre de 10
battements/min. Si le sujet est fébrile,
céphalgique, avec des diarrhées, une température de 38,5°C et un pouls à 60, cela évoque la
typhoïde (dissociation
pouls-température).
Il existe certaines maladies cardiaques où on ne peut accélérer le pouls : le bloc
auriculo-ventriculaire BAV , il empêche la
tachycardie [40].
On peut interroger ce patient pour savoir si il a d'autres maladies ou s'il prend des médicaments.
Ex : gouttes pour les yeux : présence de
béta bloquants (traitement du
glaucome [41]).
- tension artérielle
- diurèse [42]
Bilan para-clinique systématique
Il est orienté par la courbe thermique, les signes cliniques et l'interrogatoire.
Formule, numérotation sanguine
Recherche
d'hémopathies, d'augmentation des protéines de l'inflammation [43]. Si il
n'y a pas de syndrome inflammatoire on peut avoir l'esprit tranquille
et suivre l'évolution.
Bilan inflammatoire
Bilan hépatique [44] et rénal [45]
hépatique : cytolyse hépatique qui s'accompagne de fièvre prolongée, le malade est jaune, recherche de transaminases.
rénal : déshydratation, insuffisance rénale.
Examen cyto-bactériologique urinaire [46]
Recherche de parasites (bilharziose urinaire en Egypte). Plus généralement recherche de stigmates d'infection urinaire.
Hémocultures
Radiographie thoracique [47]
On
a une infection avec certitude si présence de miliaire (tuberculose).
Si infection bactérienne on obtient une opacité alvéolaire .
Intradermoréaction à la tuberculine.
L'IDR négative n'élimine pas le diagnostic car soit il n'y a pas de vaccination soit il n'a pas encore eu le temps de positiver (l'immunité [48] cellulaire demande du temps).
L'IDR positive
Si IDR phlycténulaire , cela traduit une infection évolutive.
Cette IDR ne peut s'interpréter correctement que s'il y a antériorité.
Lecture de l'IDR
On mesure le diamètre de l'induration [49], IDR positive si le diamètre est supérieur à 5-6 mm.
Palpation à la 72ème heure (approximativement).
Il peut y avoir une lésion érythémateuse plate énorme et pourtant pas de signes d'infection tuberculeuse.